l’ostréiculture était pratiquement inexistante
en Casamance jusqu’à
nos jours, bien que
l’huître ouest-africaine, Crassostrea gasur, fasse
l’objet d’une exploitation
traditionnelle par
cueillette sur les racines des
palétuviers (CORNIERSALEM, 1987) et. que
de nombreux sites
d’élevage soient dénombrés.
L’aspect de cette
huître est comparable à
celui des espèces
de même genre levées en Europe,
et un marché
touristique local pour un
produit d’élevage peut engendrer
des activités ostréicoles.
I.
HUITRE DES PALETUVIERS (CRASSOSTREA GASARADANSON)
I.l. Taxonomie
Les huîtres ont été classées suivant
leur morphologie, leur écologie puis la forme de leur coquille larvaire (prodissoconque).
Cependant, du point de vue écologique et géographique, on peut rencontrer des
huîtres de la même espèce en des lieux différents et des huîtres d'espèces
différentes au même endroit Ranson 1951. La classe des Bivalves de
l'embranchement des Mollusques du règne Animal comprend quatre ordres définis
par la morphologie de leurs branchies. Les huîtres sont dans l'ordre des
Filibranchia, le sous-ordre d’anisomyaire et la famille des ostréidés.
I.2. Rappels Anatomiques et Biologie
I.2.1. Rappels Anatomiques
I.2.1.1. Coquille
Ø forme
La
coquille de l'huître est externe, bivalve, très inéquivalve. La valve concave
loge l'animal, l'autre est plus ou moins plate le recouvre L'extrémité
antérieure de la valve gauche est plus au moins redressée en forme de crochet
d'où le nom de Gryphea, qui désignait ce genre. Au sommet de la coquille se
trouve le plateau antérieur des valves plus développé à la valve gauche qu'à la
valve droite. Sa surface porte les traces des ligaments successifs; on l'appelle
aire ligamentaire. L'ensemble du crochet et du plateau antérieur est appelé
talon de la coquille La valve gauche porte souvent l'empreinte du support de
l'huître.
Ø Orientation
La
bouche étant en avant et l'anus en arrière, les branchies sont ventrales et le
cœur dorsal. La valve concave est à gauche, la valve plate à droite. On parle
de valve inférieure et de valve supérieure parce que dans la nature, la première
repose sur le sol
I.2.1.2
Organes Reposant sous la Coquille
Parmi
les organes reposant sous la coquille on a :
Ø Le
manteau
Ø Les
lobes
Ø La
cavité palléale
Ø Les
branchies
Ø Le
muscle adducteur
Ø L'appareil
digestif
Ø L'appareil
circulatoire et la circulation
Ø L'appareil
reproducteur
Ø L'appareil
excréteur
Ø Le
système nerveux
I.2.2.
Biologie
I.2.2.1.
Répartition Géographique
Les diverses espèces de la famille des
ostréidés vivent dans les eaux littorales entre les latitudes 640 Nord
et 440 Sud Galtsoff 1964 Crassostrea gasar n'existe qu'en milieu
salé saumâtre il n'ya pas de vraies huîtres en eau douce. Elle se rencontre
uniquement à l'ouest de l'Afrique. Sa limite nord est constituée par le Sénégal
au niveau du marigot de la Somone14°30 de latitude Nord et 170 05 de
longitude Ouest. Vers le sud elle se rencontre jusqu'en Angola.
I.2.2.2.
Conditions de L'habitat
Crassostrea
gasar vit à l'état naturel en colonies sur les racines adventives des mangroves
littorales. Cette vie grégaire ne lui permet pas de bien grandir quand le
naissain est fixé en abondance. Les huîtres forment des couches correspondant
aux différentes époques du frai. Celles des couches supérieures grandissent
plus vite et gênent le développement de celles des couches profondes. Quand la
fixation est plus claire? Là où les courants sont plus faibles les huîtres
peuvent grandir. Elle est fixée par la vulve gauche la valve droite peut s'ouvrir
et se refermer librement. On trouve aussi des huîtres libres sur le sol. Un examen
attentif de la partie antérieure permet de découvrir la petite pierre ou la coquille
qui leur avait servi de point d'appui. Elle peut avoir disparu chez les vieux
exemplaires. Les huîtres se développent sur un bon terrain si elles ne sont pas
trop serrées elles acquièrent une forme plus régulière.
I.2.2.3.
Alimentation
et La Croissance
Ø Alimentation
L'étude
du contenu de son estomac prouve que l'huître se nourrit de tout ce qui est en
suspension ou dissous dans l'eau (Diatomées pélagiques, microalgues, détritus,
larves, bactéries). Cependant elle n'absorbe pas tout ce qu'elle filtre, un
premier triage des particules suivant leurs dimensions et leur nature a lieu au
niveau des branchies. Les particules destinées à être ingérées sont acheminées vers
les palpes où s'effectue un second triage. Les particules indésirables soit en
raison de leurs ornementations épineuses soit en raison de leur taille sont
éliminées-Grùsse
Ø Croissance
L'étude
de la croissance de Crassostrea gasar Adansona été faite sur les huîtres
d'élevage a l'état naturel, la grégarité de l'huître gène son développement
normal Cette étude a commencé par la récolte du naissain d'huître sur tuiles
chaulées en aout-septembre, le détroquage à huit mois puis l'élevage en casiers
grillagés jusqu'à un an ensuite au sol en saison chaude et des pluies puis en
casier en saison fraîche. A sept mois, Crassostrea gasar a déjà atteint la moitié
de la taille qu'elle aura à quatre ans (environ dix centimètres). Cependant au
delà
d'un an, elle est encore plate et fragile.
Entre un et deux ans, la croissance alentit, l'huître se transforme, la
valve inférieure se creuse en même temps que la coquille commence à s'épaissir,
à s'élargir La largeur est de ~centimètres à un an et de 6,3 centimètres à quatre
ans. La pousse est continue toute l'année dans les eaux chaudes du Sénégal car
l'huître y trouve à s'alimenter en toute saison Quand la pousse est discontinue/on
peut connaître approximativement l'âge de l'huître en comptant le nombre de
stries d'accroissement de la coquille divisé par le nombre de pousses par an.
I.2.2.4.
Reproduction
Actuellement
dans le monde, il y a deux groupes d'huîtres quant à leur mode de reproduction
Celles du genre Ostrea chez lesquelles la fécondation a lieu dans les canaux des
glandes génitales Elles retiennent leurs embryons ou larves quelques jours dans
la cavité palléale avant de les expulser au dehors. On les qualifie de
larvipares d'embryophores. Les autres (genres Crassostrea et Pycnodonta), rejettent
dans l'eau leurs produits génitaux arrivés à maturité. L'œuf y est fécondé et
la vie larvaire s'y déroule entièrement Elles sont dites ovipares Ranson
1951
I.2.2.5.
Ennemis et Maladies
I.2.2.5.1.
Ennemis
A
l'état larvaire, l'huître fait partie du plancton.celles qui arrivent à l'âge
adulte doivent faire face à divers ennemis.
Ø parasites
Il
a été signalé la présence chez Crassostrea gasar de deux copépodes qui se
fixent sur les branchies mais qui n’ont pas été déterminés.
Ø Prédateurs
Il
s’agit de l’Homme, crustacés, les mollusques, les poissons.
D'autres
ennemis absents causent de gros dommages à l'ostréiculture. Ce sont entre
autres les astéries ou étoiles de mer, les bigorneaux perceurs et d'autres et par
concurrence vitale l'arénicole qui envase les huîtres dans les parcs et les
moules qui en filtrant plus que les huîtres peuvent les affamer dans un milieu
appauvri et les faire disparaître.
Ø Ennemis
par Occurrence Vitale
Les
balanes qui se reproduisent quelques jours avant les huîtres, se fixent au
niveau moyen supérieur des marées, elles ne peuvent pas gêner la fixation du
naissain d'huître
Le
Thais forbesi, l'Arca senilis ou pagne et l'Uca tangueri ou crabe violoniste
peuvent enfouir les huîtres des parcs Ces deux derniers épars au niveau des
parcs sont très nombreux dès qu'on s'éloigne un peu.
Force
est de constater que Crassostrea gasar a peu d'ennemis comparativement aux
autres huîtres; il en est de même des maladies.
I.2.2.5.2.
Maladies Huitres
Ø le
chambrage : C'est la formation de cloisons dans la
coquille ;
Ø l'insolation :
Sur
les casiers situés haut, au moment où les huîtres sont hors de l'eau, l'action
directe du soleil pourrait se faire sentir. Les huîtres longtemps exposées
présentent une dégénérescence du muscle adducteur suivie d'une forte mortalité ;
Ø les
huîtres glaireuses : elles sont maigres, transparentes et laissent échapper
un mucus blanchâtre ;
Ø La
maladie du pain d'épice : elle se manifeste sur la coquille par la
présence de canaux et de taches vertes sur la nacre. La coquille devient
fragile, elle casse pendant le transport ou sous le couteau de l'ouvreur.
L'huître réagit aux perforations de la coquille par une hypersécrétion de
nacre ;
Ø La
maladie du sable : elle consiste en la pénétration
accidentelle de grains de sable entre l'huître et sa coquille. Ces grains sont isolés
dans la coquille par une couche de nacre. L'huître perd plus facilement son eau
intervalvaire et peut mourir ;
Ø La
maladie des branchies : elle se traduit par des
boursoufflures puis une nécrose des tissus, un délabrement et enfin une rupture
des filaments des branchies. Simultanément les huîtres dépérissent à cause de la
réduction de l'appareil ciliaire (90-139)0 La maladie est sans gravité chez les
huîtres du genre Crassostrea ;
Ø La
maladie du pied : Le muscle adducteur subit une
désorganisation scléreuse. Il se forme des aspérités à la surface intérieure de
la valve. Celles-ci compriment le muscle adducteur qui s'atrophie et peut même se
détacher de la coquille, entraînant la mort de l'huître. Les bords de la
coquille sont tordus par un développement dysharmonieux qui empêche la fermeture
des valves ;
Ø Les
huîtres boudeuses : a la suite d'une température trop basse des
eaux ou de la déficience en matières nutritives, les huîtres ne croissent plus
on dit qu'elles sont boudeuses ;
Ø Le
typhus des huïtres : Il est dû à la vase dans les parcs trop chargés.
La coquille devient molle, des compartiments s'y forment. Les huîtres maigrissent
et ont un goût fétide ;
Ø La
peste des huitres : elle a pour origine la souillure des huitres par des
produits en putréfaction. Les huîtres atteintes
rejettent beaucoup de mucus et se putréfient ;
Ø Le
Douçain : dans une eau dont la densité varie de 1000 à 1005, la masse viscérale
de l'huitre gonfle exagérément, la vase se colle aux branchies qui finissent
par présenter une dégénérescence glaireuse. Il semble que l'huitre meurt asphyxiée.
Pour l'éviter il convient de régulariser les apports d'eau douce ;
Ø Les
maladies à étiologie inconnue : On peut remarquer que l'huitre meurt plus
facilement que le muscle adducteur peut se détacher des valves. D'autres maladies
ont des manifestations différentes.
II.
CULTURE DE CRASSOSTREA GASARADANSON
II.1.
Gisements Naturels
Les
bancs naturels ou "Crassats ″ se développent dans des zones où
la salinité optimale est assez stable. C'est en ces endroits seulement qu'on
trouve des conditions favorables à la pérennité de l'espèce
II.2.
Différentes Phases de la Culture
Ø la
récolte du naissain : Il est nécessaire d'avoir des collecteurs et de connaître
le moment de fixation du naissain ;
Ø l'élevage :
le
détroquage ne se faisant que vers deux ans, il n'y a pas de semi-élevage qui
aurait nécessité des caisses ostréo-philes, une haie de branchage ou du
grillage autour des parcs pour protéger les jeunes huîtres contre les
prédateurs ;
Ø l'affinage
ou engraissement et le verdissement : l'huître qui a atteint
la taille marchande peut ne pas être assez grasse au goût du consommateur. Pour
lui faire acquérir sa finesse, on va l'engraisser. Le
verdissement est le résultat de l'absorption par l'huître de diverses diatomées
dont Navicula ostrearia et de leurs pigments.
Ø le
dégorgement : les huîtres préparées pour l'expédition restent en casier
pendant quelques jours de pré-dégorgement. Elles sont placées ensuite dans le
bassin de dégorgement des Almadies pour une mise au point définitive.
III.
EXPLOITATION DES HUITRES
III.1.
Exploitation Traditionnelle
Ø Consommation
de l'huître : les racines des palétuviers chargées
d'huîtres sont coupées et disposées sur le feu. Les huîtres s'ouvrent et commencent
à se dessécher en cuisant. Les rhizophores sont retirés du feu et les huîtres détachées
des coquilles après refroidissement finissent de sécher sur des nattes. Le
produit ainsi obtenu, le plus souvent dans les îlots proches, sert à la
confection de plusieurs plats du riz au couscous mais il est surtout vendu aux
étrangers ;
Ø Utilisation de la coquille : sa
poudre entre dans la préparation du tabac moulé, très prisé par beaucoup de
villageois. A cet effet elle est associée à la coque incinérée du fruit du
baobab.
III.2.
Exploitation Moderne
Ø Exploitation
et mesures de protection : la protection des
gisements naturels était nécessaire aux débuts de l'ostréiculture. Elle s'est
effectuée par l'ex-ploitation alternative, tous les deux ans, de certaines
parties des gisements de la Somone, de la Fasna et de Joal-Fadiouth. Une autre
mesure de protection limitant le nombre de concessions subsiste encore ;
Ø Le
contrôle de salubrité des huîtres : Il est rendu nécessaire
par les possibilités de contamination. Les pollutions par
exemple d'origines diverses sont néfastes au consommateur parfois à l'huître
même.
IV.
PERSPECTIVES
L’ostréiculture
s'est affirmée petit à petit depuis plus d'une vingtaine d'années. Cependant de
nos jours, elle connait de sérieux problèmes. Les huîtres ne
sont commercialisées par les ostréiculteurs qu'en coquille. Pour augmenter les
possibilités de vente, on pourrait essayer d'autres modes de
conditionnement : huîtres décoquillées, huîtres en conserves ou huîtres grillées-séchées
en sachets.
CONCLUSION
Grâce
à l'étude de sa coquille larvaire, que l'huître des palétuviers de l'Afrique de
l'Ouest est Crassostrea gasar Adanson. Voisine d'autres espèces du même genre,
elle présente quelques caractéristiques propres, tant sur le plan anatomique
que physiologique. Crassostrea gasar (huître des palétuviers) vivant du Sénégal
à l'Angola est adaptée au milieu de mangrove. A l'état sauvage, elle se fixe
par sa valve inférieure sur les racines des palétuviers d'où son nom. Les
eaux chaudes, riches en plancton et autres éléments nutritifs assurent sa croissance
rapide. Elle devient adulte en trois ans et dépasse la taille commerciale de
cinq centimètres en moins d'une année. La reproduction a lieu
en saison des pluies quand la salinité diminue. Au cours d'une
saison de reproduction, une huître peut frayer plusieurs fois. Les sexes sont
séparés mais peuvent changer suivant les années. Le nombre des femelles est toujours
supérieur à celui des males. Notre huître bénéficie d'un milieu biologique
extrêmement favorable : ses ennemis sont peu nombreux et les maladies
rares. Le chambrage pourrait la déprécier mais on peut y remédier par des
méthodes appropriées de culture. Dans l'ensemble la mortalité reste faible.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUE
Berenard
coudou D.,1976. OSTREICULTURE AU SENEGAL, 111p.
Gilles
S.,1991. Observation sur le captage et la croissance de l’huitre creuse Ouest
Africaine, Crassostrea gasar, en Casamance, Senegal, 11p.
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