lundi 30 juin 2014

L’organisation de la chefferie traditionnelle à l’Ouest-Cameroun : cas des Bamoun




            Le peuple Bamoun, situé dans les montagnes de l'ouest du Cameroun, a forgé son unité au cours des sept siècles d’existence du royaume. Le roi des Bamouns est de la dynastie de Nchare Yen, venue de Rifum (Mbankim). Les croyances religieuses en vigueur dans cette région sont aujourd’hui l’islam, venu du nord, et le christianisme, venu du sud. Avec une superficie de 7 700 km² environ et 820 000 habitants, la région du Bamoun couvre plus de la moitié de l’actuelle Région de l’Ouest. Le royaume est constitué d’un haut plateau (700m) à l’ouest, surmonté de trois massifs alignés – Mbapit (1910m), Nkogham et Mbam (2200. m) – et d’une plaine encaissée au pied de la falaise à l’Est de Foumban ; cette plaine longe la rive du Mbam jusqu'au point de confluence avec le Noun près de Bafia.

I.1 Origine
L’actuel territoire des Bamouns a été unifié par les Tikar en plusieurs étapes. On suppose que vers la fin du XIVe siècle, 200 à 300 personnes ont franchi le fleuve Mapé à la suite du prince Nchare qui soumit sept principautés avant de s’établir dans un premier temps à Djimom. L’État Bamoun y est proclamé et Djimom devient la première capitale du royaume. Le pacte fondamental stipule que : « L'État Bamoun est né et Nchare en est le roi. Il désignera librement son héritier parmi ses fils. » De Djimom, Nchare soumet une dizaine d’autres ethnies et établit sa nouvelle capitale à Foumban après y avoir vaincu les Pa M'ben qu’il réinstalle dans un quartier de la ville. Le royaume a alors une dimension presque circulaire dont le diamètre est de 30 km environ entre Djimom et Kundùm. La population se situe autour de 25 000 personnes. Quand Mbuombuo Mandù devint le onzième monarque vers la fin du XVIIIe siècle, il entreprend de grandes conquêtes aux frontières naturelles du Mbam, de la Mapè et du Noun. Le territoire est multiplié par quatre.
I.2 Organisation socio-politique de la chefferie Bamoun
A première vue, l’organisation de la société Bamoun donne l’impression d’être pyramidale et complexe. La multiplicité des lignes hiérarchiques entre le sommet de la pyramide et la base laisse penser à une inextricable toile, difficile à dérouler et à pénétrer. En réalité il n’en est rien. Si l’effectivité du pouvoir est détenue par le Mfon (roi), il y a au-delà, un agencement de l’autorité hiérarchique en sous-ensembles concentriques de responsabilité qui fait que tout le monde participe à l’exercice du pouvoir. Il s’agit donc d’un pouvoir communuel animé par différents acteurs (nobles ou notabilités) qui représentent autant de centres de décision.
I.2.1 Structure du royaume
La société était fortement stratifiée. A la base de la pyramide une masse servile englobait près des deux-tiers de la population ; cette masse était formée par la descendance des captifs provenant des guerres du XIXe siècle ou par des prisonniers récents réduits en esclavage. Les esclaves étaient, il faut le souligner, toujours rattachés à un lignage ou au monarque. Le tiers restant de la population formait une noblesse dont les membres étaient répartis entre quelque 700 patrilignages, noblesse inaliénable, dont le statut n'était toutefois pas opposable au roi. Une trahison politique entraînait la servitude. La société bamoun avait toutes les apparences d'un immense lignage maximal formé de subdivisions, les lignages princiers ou palatins, qui tous, à travers leur fondateur, s'articulaient sur la lignée des rois. Cette dernière jouait le rôle d'axe générateur dans le royaume. Les esclaves, propriété des membres des lignages et du monarque, n'étaient que des prolongements des groupes de descendance.
I.2.2 Titres nobiliaires
TITRES NOBILAIRES
TRADUCTION LITTERALE
ROLES OU FONCTIONS
NOMINATIONS
ET SUCCESSIONS
MFON
KOM
NAFOM
NJI NGBETGNI
POM MAFON
NJI FON FON
TITA NFON
TITA NGU
TUPANKA
KOM SHU MSHUT
MANSHUT
MFONTUE
SHUNSHUT
KPEN
Roi, Sultan
Ministre (co-fondateur)

Mère du roi ou reine mère
Nji adjoint
Frère ou sœur
Nji des rois
Père du roi
Père du pays
Tête de Panka
Compagnon gardien du palais
Grand du palais
Roi soumis
Gardien du palais
Esclave
Souverain bamoun
Conseillers intronisateurs
Equilibre du pouvoir
Vice-roi
Utérin du roi
Premier Ministre
              -
Chef de la justice
Chef de l’armée royale
Conseiller du roi
Personnalité du royaume
Chefs Vassaux
Divers services
Serviteur
Charge héréditaire
Nommé, puis héréditaire
Nommé
Héréditaire
Nommé
Nommé
Nommé
Nommé
Nommé
Héréditaire
Nommé
Héréditaire
Héréditaire
Héréditaire

·         Roi (« Mfon »)
           Le roi tient son pouvoir de la force ou du prestige, son autorité résultera de la soumission de la population bamoun : il détient avant tout des pouvoirs politiques, religieux et maintient la paix et l’ordre social plus par la contrainte et l’arbitrage que par son influence spirituelle. Il a un pouvoir divin et sacré dont l’usurpation est inévitablement punie de mort. Il légifère avec ou sans concours de son conseil. Le roi dirige l’exercice de la justice et fait exécuter les sanctions rendues par les assesseurs coutumiers. Il est le chef du service judiciaire devant les tribunaux coutumiers. Il gère le trésor public, formé de dons en nature que tout citoyen se doit d’apporter au roi périodiquement. A son tour, le roi affecte ces dons aux besoins des malheureux. Pour leur mise en valeur, il distribue les terres aux membres de la tribu.
Dynasties du royaume Bamoun
NOMS DES ROIS
REGNE
1er
NCHARE YEN
1394 - 1418
2ème
NGOUOPOU
1418 - 1461
3ème
MONJOU
1461 – 1498
4ème
MENGAP
1498 – 1519
5ème
NGOUH I
1519 – 1544
6ème
FIFEN
1544 – 1568
7ème
NGOUH II
1568 – 1590
8ème
NGAPNA
1590 – 1629
9ème
NGOULOURE
1629 – 1672
10ème
KOUOTOU
1672 –1757
11ème
MBOUOMBOUO
1757 – 1814
12ème
GBETKOM
1814 – 1817
13ème
MBIEKOUO
1817 – 1818
14ème
NGOUHOUO
1818 – 1863
15ème
NGOUNGOURE
1863 (30 minutes )
16ème
NSANGOU
1863 – 1889
17ème
NJOYA
1889 – 1933
18ème
NJIMOLUH NJOYA
1933 – 1992
19ème
MBOMBO NJOYA
1992

Une écriture pour le peuple Bamoun
En 1907, des missionnaires européens découvrent que le jeune roi Njoya, roi des
Bamoun, a créé une écriture. Ils racontent que, ayant vu un coran, Njoya voulait non seulement inventer une manière de consigner les paroles, mais aussi répandre l’écriture pour qu’elle soit accessible à tous. L’écriture royale (ou écriture Bamoun), qui comptait au départ plus de 500 signes, connaîtra plusieurs évolutions jusqu'en 1918. La simplification et notamment la réduction du nombre de signes à 80 caractères assura une meilleure diffusion de l’écriture et amena l'augmentation des textes rédigés en écriture royale, qui était enseignée dans les écoles. Njoya institua un bureau d’état civil pour enregistrer les naissances et les mariages. Les jugements du tribunal royal étaient également consignés par écrit. Le livre d’histoire, de lois et de traditions des Bamouns, qui compte plus de 1.100 pages, est alors rédigé au moyen de l’écriture royale. Sa réplique se trouve actuellement au Pitt-Rivers museum d’Oxford.
·         Notables (« Kom »)
Généralement au nombre de sept, Les Kom (Nkom au singulier), cosignataires sont les conseillers intronisateurs de Roi, chargés de garder la loi fondamentale de l’état et de veiller à son application. Leur fonction est héréditaire et ils sont autonomes. Ils ont le privilège de se donner la mort s’ils sont condamnés à la peine capitale par la justice pour haute trahison, par exemple.
I.3 Organisation culturelle du royaume Bamoun
 Le pays Bamoun est caractérisé par une diversité culturelle  qui englobe toutes les couches de cette société.
I.3.1 Les rites et pratiques
Les recours religieux sont de deux ordres : ceux qui sont ouverts à tous, la prière et les libations, et ceux qui sont réservés aux détenteurs de l'autorité, les sacrifices. Ils forment néanmoins un ensemble, la fonction et la signification des uns éclairant celles des autres.
I.3.1.1 Les prières et libations
Le njuom, terme par lequel les Bamoun désignent, les prières, est non seulement ouvert à tous mais il se pratique à tout moment et en tous lieux. C'est un recours universel susceptible d’être utilisé en un nombre indéfini de circonstances.
Dans un univers où échec, querelle, disette, maladie, mort renvoient à des transgressions morales, l'universalité du recours au njuom s'explique. Les Bamoun interrogés à ce sujet sont souvent embarrassés. Ils feraient appel aussi bien, aux ancêtres qu'à ces divinités ubiquistes que les Bamoun désignent sous le nom de panyinyi. Cette imprécision, notons-le, convient à une société où une large fraction de la population vit loin des tombes de ses ancêtres, dont elle a été séparée par les guerres. Personne, d'après les témoins, ne s'engageait par un njuom "s'i1 se savait coupable. Aujourd'hui encore, peu de gens sont susceptibles de défier les vieilles croyances.
Les libations sont fréquentes : elles se font en dehors des sacrifices, bien qu'elles les aient toujours accompagnés. Pratiquées par tous, elles se font néanmoins en des lieux particuliers et sont obligatoires en certaines circonstances. On utilise des boissons fermentées, bières de sorgho, de mais ou vin de palmier raphia, considérées comme des véhicules de force. Les liquides sont versés au foyer d'une famille, sur une tombe, dans des trous à libations creusés dans les lieux de réunion des sociétés secrètes ; on peut aussi faire des offrandes à la terre en versant quelques gouttes sur le sol, là où l'on se trouve. Ces offrandes se font aussi bien à l'occasion d'un repas, de la réunion des membres d'une société que lors des grandes fêtes annuelles où elles accompagnent alors les sacrifices.
I.3.1.2 Les sacrifices
Le sacrifice diffère des pratiques précédentes en raison de son caractère réservé et des précautions qui sont prises pour le lui conserver. Il est exécuté par les chefs de lignage et le roi aux grandes fêtes du calendrier agricole et religieux traditionnel. On sacrifiait en juillet, après la récolte de maïs qui était suivie de la remise du tribut au palais.
Une fête générale, dite fête des nguon ; sont des tambours à friction que leurs possesseurs amenent à cette occasion au palais et qui, en principe, ne doivent être vus ni par les femmes, ni par les enfants. Lors de cette manifestation, le roi doit écouter les doléances recueillies dans la population et prendre des mesures destinées à éliminer les abus et même les violences qui provoquent les maux dont souffre la population (disettes, troubles, épidémies). Une immense agape a lieu et se termine par des sacrifices exécutés dans les cimetières de tous les chefs de lignage, sur les tombes de leurs ancêtres, dans celui du roi et dans le sanctuaire où l'on conserve les crânes royaux.
Il est célébré en décembre, à la saison sèche, une autre fête dite de nja. Elle donne lieu à une grande manifestation chorégraphique, et offre à chacun l'occasion de faire étalage de ses plus beaux atours. C’est, disent les Bamoun, la "fête de la beauté". On exécute encore des sacrifices comme pour le nguon. En dehors de ces fêtes fixes, on sacrifie encore, avant les départs en guerre, après les grandes chutes de pluie marquées par l'apparition d'un arc-en-ciel, et à chaque fois que la divination le prescrit.
I.3.1.3 Intronisation du Roi Bamoun
A la mort d’un roi, les instruments du nguon sont placés en face du corps. Pour la cérémonie d’un roi nouvellement intronisé, le roi et ses sept kom jouent aux tambours du ngoun.
Le roi nouvellement intronisé remet un tambour de nguon aux chefs de lignage qui lui ont été loyaux. Ces chefs sont appelés tita-nguon. Les tita-nguon peuvent confier leurs tambours à la garde d’un parent ou d’un serviteur. La personne qui assure la garde du tambour est appelée mfon-nguon. Au même moment où le tambour de nguon est remis à un tita-nguon, il lui est aussi remis un sac en raphia décoré de plumes de feuilles. Il contient une concoction de racines écrasées, d’écorces pilées, de résines, de poudre de fer, et d’une sorte de poudre de couleur blanche. Le tambour de nguon est soutenu par une sangle accrochée à l’épaule, étant donné que la membrane doit être mouillée de temps à autre, un serviteur avec en main une calebasse pleine d’eau, accompagne le joueur. La calebasse est habituellement décorée avec des feuilles spéciales.
I.3.2 Les danses traditionnelles du royaume Bamoun
Dans la tradition Bamoun, la musique est d’inspiration populaire, donc anonyme. Il n’y a pas de droit d’auteur, mais de patrimoine collectif légué et exécute avec toujours le souci d’exactitude dans le texte, le son et le rythme.
                  Plus qu’une tradition, elle est le ferment de pérennisation de la sagesse. Parfois musique de classe ou de caste, elle est toujours musique de circonstance. Le Nguri par exemple est la musique de la société des princes et traduit la noblesse de sang, lorsqu’ils dansent, ils portent des tuniques en matériau batik tisse a la main spécialement faites pour la famille royale. Les hommes portent des masques décores avec des plumes. La danse de nguri est exécutée en temps de guerre, lors des funérailles et à l’occasion des grandes fêtes. Les instruments qu’ils utilisent incluent des sifflets en bois, un grand tam-tam et plusieurs types de sonnettes. Le Mbansié, celle de serviteurs du roi. Les danseurs portent des armes et sont habilles de tenues traditionnelles de guerre et de longues tuniques. il y a plusieurs masques utilises lors de l’exécution de la danse mbansie : des occasions : pendant la guerre, la mort d’un roi, a la mort de la mère du roi, a la mort des oncles maternels du roi, ainsi qu’a l’occasion du décès d’un nkom ou d’un momafon.
En plus des musiques réservées, il existe une multitude de musique populaire, mais toujours liées aux quartiers ou aux villages. Kurun est l’adresse du quartier Nkunga, Kpalùm l’affaire le nfetin, Meshé la fierté de Makùtam. D’une façon générale, le fond musical Bamoun est très riche. Il compte plus d’une centaine de rythmes qui hélas se meurent faute d’exploitation.           


L’organisation de la chefferie traditionnelle à l’Ouest-Cameroun : cas des Bamiléké



Les Peuples Bamiléké et Bamoun, situé à l’Ouest du Cameroun, dans les grassfields, sont des peuples très dynamiques, organisés et font partie des ethnies les plus importantes du Cameroun, en terme de population et de représentation sur l’étendue du territoire national. Le territoire qu’il occupe est situé entre le 4° et le 6° de latitude Nord, et le 9° et 10° de longitude Est, Il couvre une superficie de 6200km². C’est un vaste quadrilatère de hauts plateaux ondulés, bordés à l’Est de la vallée du Noun, au Sud-ouest par la pleine d’effondrement de Mbo, au Sud-est par la dépression du Dibum et au sud par le cours supérieure de la Makombé. Malgré leurs origines et histoire commune, les Bamilékés parlent aujourd’hui un très grand nombre de dialectes répartis sur une centaine de petits royaumes indépendants. Toutefois, ces différences n’empêchent pas de retrouver des éléments présents dans toutes les chefferies et villages Bamiléké

I.1 Origine
La vérité brute sur les origines et l’anthropologie du peuple bamiléké a reposé d’abord sur la tradition orale, résultante de récits étiologiques, de récits historiques, de souvenirs personnels, de commentaires explicatifs, de témoignages, de notes occasionnelles, de proverbes, de l’onomastique (noms de lieux et de personnes), de chansons populaires, de codes et symboles, et d’assertions et autres informations d’ordre généalogique et dynastique. Les Bamiléké seraient donc partis de l'Égypte médiévale au IXe siècle de notre ère. Ils arriveront en région Tikar vers le milieu du XIIe siècle avant de se diviser vers 1360 à la mort de leur dernier souverain unique, le roi Ndéh. Yendé, premier prince, va refuser le trône et traverser le Noun pour fonder Bafoussam. Sa sœur ira vers la région de Banso. Deux décennies plus tard, Ncharé, le cadet, descendra dans la plaine du Noun pour fonder le pays Bamoun. De Bafoussam naîtront quasiment tous les autres groupements bamiléké entre le XVe siècle et le XXe siècle (Bansoa est né en 1910 à la suite de l'exil forcé de Fo Taghe de Bafoussam).
D’autres sources indiquent que les Bamiléké parlaient une langue unique, le bamiléké, jusqu'à leur démembrement au milieu du XIVe siècle, à la mort de leur souverain. Du bamiléké naîtront le Bamiléké-Bafoussam et le Bamoun. Le Bamoun se ramifiera en une vingtaine de sous-variantes dialectales avant de se voir unifié par le sultan Njoya au début du XXe siècle. Pour sa part, le Bamiléké-Bafoussam continuera à se ramifier pour donner naissance, au fil du temps, à de dizaines de variantes dialectales, elles-mêmes possédant de sous-variantes plus ou moins négligeables. Le Bamiléké-Bafoussam est donc la langue-mère des autres dialectes bamiléké, hormis le Bamoun.

I.2.1  LE CHEF OU ROI « FO » OU « FEU »
Avant de mourir, chaque chef désigne parmi ses enfants en même tant que son successeur, le « Nkuete » et le « sa’a » qui assisteront le nouveau roi dans la gouvernance de son territoire. Le chef est l’autorité suprême d’un peuple, d’un groupement ou d’un village. Il détient son statut exceptionnel du fait qu’il représente le fondateur de la chefferie dont il perpétue la personne. Dans les temps  anciens, le chef d’un village détenait le pouvoir religieux et administratif. Il était même considéré comme un dieu du village, et à ce titre, il importait qu’on l’entoure d’un mythe d’immortalité. Il n’était pas permis de dire qu’un chef est mort mais plutôt qu’il s’est transformé.
Le chef détient son pouvoir des ancêtres, par conséquent, il n’a de compte à rendre à personne, sinon à eux. Il n’est ni accusé, ni jugé, et tous ceux qui tentent d’agir autrement sont bannis ; il est le garant de l’indépendance et de l’intégrité du village qu’il considère comme sa propriété privée ; il est principal prêtre du culte des ancêtres. En un mot, le chef bamiléké détient plusieurs types de pouvoirs :
Ø  Le pouvoir économique qui est la base matérielle de tous les autres : le chef est le propriétaire éminent de la terre, unique moyen de production
Ø  Le pouvoir magico religieux en ce qu’il est le plus grand prêtre magicien de toute la chefferie ; ses « pi » dits totems sont plus nombreux et plus puissants que ceux de tous ses sujets ; il les utilise pour protéger son territoire et son peuple.
Ø  Le pouvoir politique et administratif, en ce qu’il découpe le territoire en quartiers et nomme à leur tête des chefs de quartiers à qui il délègue une partie de ses pouvoirs ; il nomme et révoque aux diverses fonctions dans le gouvernement central ; il crée les sociétés coutumières destinées à l’aider et à le contrôler dans l’exercice de ses tâches, suit de près leur recrutement qui se fait par le culte du mérite et préside les réunions. La population lui paie en travail et en nature un impôt dont la périodicité et le montant ne sont pas fixés, mais dépendent des besoins du chef et de l’esprit de compétition des contribuables
Ø  Le pouvoir judiciaire : le chef est juge suprême de la chefferie, il juge sans appel les causes graves que lui ont transmises les tribunaux de quartier. En effet, le chef délègue aux chefs de quartier le pouvoir de juger les petites affaires chacun dans le territoire qui relève de sa compétence.
Ø  Le pouvoir militaire : après consultation des « mékemlevou’o » ou conseil des neuf, le chef déclare la guerre ou conclut la paix. Il n’existe pas d’armée permanente. En cas de guerre, toute la population mâle est mobilisée dans le cadre des « mendzong » ou sociétés de classe d’âge. Le chef ne participe pas directement au combat, mais il participe à l’élaboration de la stratégie à suivre ; il s’assied derrière le front et les combattants viennent lui monter leurs trophées, notamment les têtes coupées pour être récompensés après le rétablissement de la paix.
I.2.2 Les notables
Ne pouvant avoir la mainmise sur l’ensemble de son territoire, le chef nommait des notables qui le remplaçaient dans les différents quartiers du village. Ils sont donc les garants de la sécurité et de la prospérité du village. Ce sont donc particulièrement le conseil des neuf et le conseil des sept.
Le conseil des neuf  « M’kamvù »
Ils sont encore appelés le conseil des « 8+1 », ou 1 représente le chef. Ces notables sont ceux dont le père avait contribué à la construction de la communauté suite aux guerres tribales ainsi il y a eu partage des territoires et ils ont choisi l’un d’eux comme chef. Chaque notable a donc un fief dont il est maitre. Les neuf forment la puissance du village. Ils sont les protecteurs du village et trouvent des solutions à tous les problèmes. La succession au sein des neuf se transmet de père  en fils.
Le conseil des sept «Mkamsombeù »
Ce conseil est au dessus du conseil des neuf même si il ne gère aucun domaine territorial. Cependant son champ d’action est plus mystique que visible. Il constitue  et forme le haut conseil du village.
I.23 L’entourage familial du chef
Simultanément ou consécutivement et à l’initiation du chef, certaines dignités sont conférés à quelques-uns de ses plus proches parents et de ses épouses
Ø  Le kuipou ou Nkuete
Il est adjoint du chef, et est en principe le second personnage de la chefferie, d’ailleurs désigné et initié en même temps que le chef et toujours choisi parmi ses frères consanguins. ces attributions disparaissent avec la mort du chef. Il représente valablement le chef et l’assiste dans la prise des décisions.
Ø Le Sa’a
C’est le premier adjoint du Nkuete il est aussi désigné et initié en même temps que le chef cependant le Nkuete et le Sa’a a la différence du chef passent 7 jours dans le La’akam, ou ils recevront la tradition.

Ø  La « Mafoou » ou « Mefeu » 
C’est le titre donné à la mère du chef (qui est une épouse du chef défunt) ou à son héritière (qui se trouve ainsi être une des sœurs du nouveau chef). Ce titre est toujours accompagné d’un complément, le nom propre de la personne en question car on ne naît pas « Mafo ». Il vaut à une femme la possession de terrains particuliers, le droit de choisir son mari avec qui elle ne cohabite pas. Elle  a sa concession à part et y reçoit ses visiteurs. Son mari ne vient qu’en visite privée dans sa concession, d’où l’adage : « la mafo n’est  la femme de personne… ses enfants n’appartiennent qu’au mari ».
Elle bénéficie entre autre d’un statut quasi masculin, et, en l’absence du chef, il est arrivé que le commandement de la chefferie ait été effectivement exercé par une mafo autoritaire.
Ø  Le « souop » et les princes et princesses
Le titre de « souop » est réservé au premier enfant du chef né avant l’initiation. Les deux premiers nés après l’initiation reçoivent les noms de « Toukam » et « Pouokam » et le titre de « beuh » lorsqu’ils sont adultes, ou de « Mafo » si ce sont des filles.
Le « souop » est l’objet d’une considération particulière ; il est membre de sociétés importantes et le titre est héréditaire. En général, le statut des enfants du chef est caractérisé par l’immunité dont ils jouissent dans le groupement.
S’agissant des garçons, le chef n’avait pas le droit de mort sur eux même en cas d’adultère avec ses femmes ; il ne pouvait qu’ordonner qu’on les chasse du village après les avoir dépouillé de tout. En dehors des règles coutumières que nul ne doit violer, ils ont toujours raison et ne peuvent être choisis comme serviteurs ; ils sont exclus des réquisitions de mains d’œuvre tout comme leur descendance mâle. Quant à la fille du chef, elle ne peut être vendue quel que soit la faute commise ; elle ne peut qu’être vendue à son père. Jusqu’à son mariage, elle est placée sous la surveillance d’un « Tsofo » ou serviteur. Quel que soit le cours de sa vie, elle ne peut être une célibataire, le chef lui trouvera toujours un mari, même contre sa volonté.

Ø  Les femmes du chef
Elles font l’objet d’un grand respect ; par exemple : on ne s’assoit pas sur le lit avec la femme du chef, ni sur son tabouret. Lorsqu’on la croise sur son chemin, on lui cède la voie sans la toucher, ni la regarder de face. Elles ont le droit de payer une dot au père d’une jeune fille, choisie par elles comme épouse d’un de leurs fils avant de soumettre le projet au chef qui ne fait qu’entériner. Le revers de la médaille, c’est qu’elles encourent des peines graves en cas de fautes. Exemple : en cas d’adultère, elles sont purement et simplement renvoyées du village.
I.3 Organisation culturel
I.3.1 La réligion
La religion peut être définie comme étant un système de croyances et de pratiques fondé sur la relation à un Être suprême, à un ou plusieurs dieux, à des choses sacrées ou à l’univers. . La religion en pays bamiléké est une identité et un moyen de sécurité pour ce peuple. Dans la spiritualité bamiléké, l’être humain est considéré  comme étant double dans sa constitution : d’un côté il est physique, visible et de l’autre il est âme spirituel et invisible. Leur religion est bipolaire en  matière de spiritualité puisse qu’ils pratiquent le culte des ancêtres  et le culte des divinités (sanctuaire sacré, bois sacré) ils reconnaissent que Dieu peut être atteint à travers ses anges (divinités).
Les lieux sacrés
Les lieux sacrés sont tout simplement ceux consacrés à Dieu, les lieux où l’on va méditer et prier le « SI »; ces lieux permettent alors aux bamilékés d’être en relation directe avec lui. Ils  sont des endroits où la puissance de Dieu est plus manifeste que partout ailleurs.  Ces lieux sont choisis à partir des oracles et des révélations reçues par des Nkam-si (prêtre), Mani-si (prêtresse) et autres médiums.  Ils sont multiples, il s’agit par exemple des forêts, de la case des ancêtres. Ils sont qualifiés ainsi parce qu’ils permettent d’entrer en contact avec Dieu.

La forêt sacrée
Dans le pays Bamiléké au Cameroun, l’un des signes qui montrent au voyageur qu’il est aux abords du palais royal ou de la concession d’un grand notable c’est souvent une immense forêt manifestement bien entretenue. Contrairement à l’imagerie populaire, les bamilékés sont considérés comme étant des êtres très religieux, ils sont monothéistes car ils croient en un seul Dieu ou « SI », ce qui s’explique alors par l’utilisation chez eux des forêts sacrées.la forêt sacrée est donc un lieu de culte. A l’époque, elle jouait le rôle d’église, représentée aujourd’hui par les temples. Ces forêts ont différents statuts ; nous avons les forêts sacrées familiales qui sont généralement des entrées ainsi que des bas-fonds divinisés des concessions des grands notables ; ce sont les membres de la famille et les voisins immédiats qui y viennent célébrer des rites. Les forêts sacrées du village. Ce sont des lieux saints où tout nouveau chef doit venir faire des offrandes aux esprits du village. Les forêts sacrées abritent toutes les espèces d’arbres, d’oiseaux et d’animaux qu’on rencontre dans le village. Les totems des chefs et des notables sont réputés se cacher dans les forêts sacrées.  Il y a des rites que l’on célèbre seulement aux abords de la forêt sacrée. Quand il s’agit du chef ou d’un grand notable, on pénètre plus profondément dans la forêt sacrée pour officier au « SI » ; le «  Lefem », c’est-à-dire le sanctuaire. La forêt sacrée est également un lieu de sacrifice. Aussi c’est dans les forêts sacrées que les guérisseurs, « Kam si » et les guérisseuses ou « Mani si » vont cueillir les plantes et les herbes pour la pharmacopée traditionnelle. Les forêts sacrées sont également des sites de biodiversité et constituent aujourd’hui le dernier rempart dans la lutte pour la sauvegarde de notre environnement.  Pour traiter certaines maladies, on fait boire au malade une eau puisée dans la source qui prend naissance dans la forêt sacrée.
Le La’akam
Les bamilékés sont des êtres bien organisés ; l’intronisation du chef passe d’abord par une initiation qui se fait au la’akam. C’est un lieu sacré puisque, personne n’a le droit de s’y aventurer à l’exception des initiés. Il ne se trouve pas forcément en forêt, mais toujours à la chefferie, dans un endroit très reculé. Le la’akam peut donc être juste une case aménagée dans la chefferie pour le chef en initiation lequel n’a le droit d’entrer en contact avec personne d’autre en dehors des initiés. Il n’a non plus le droit de sortir de là avant la fin de son initiation qui se fait pendant 9 semaines. C’est là que le futur chef apprend tout ce qu’il y a à savoir sur la chefferie, les habitants, les relations que la chefferie entretient avec les autres chefferies, avec le préfet, le sous-préfet. Il y apprend aussi à ce qu’il doit faire et ne pas faire, comment il doit le faire; bref, son rôle au sein de la chefferie et son comportement. En  d’autres termes, on l’y initie sur ses différentes fonctions de chef. C’est aussi là que les notables s’assurent de la survie de la chefferie.
En effet, n’entre au la’akam que celui qui a atteint l’âge de la procréation, et ne devient véritablement chef que celui qui est à mesure de procréer car procréer c’est aussi s’assurer de la survie de la chefferie. Ainsi, lorsque le futur chef entre au la’akam, certaines jeunes filles le suivent. Comme dit plus haut, certaines filles en mariage, qui deviendront les épouses du chef, sont amenées au la’akam, pour porter en leur sein, le futur héritier du royaume. Si au terme du rite initiatique ou la’akam, aucunes des nombreuses filles ne sont enceintes, on considère le chef comme étant incapable de procréer. Et pour que la chefferie ne devienne comme celle de Bafeko c'est-à-dire sans chef depuis environ 40 ans du fait qu’il n’y eu aucun héritier, le chef qui ne peut donc pas avoir d’enfants, se verra tuer et les notables auront dès lors pour charge d’en choisir un autre.
Les rites et les pratiques
Le culte des cranes
Le peuple bamiléké, en plus d’être connu pour ses lieux sacrés, est aussi connu pour ses rites et pratiques à l’instar du culte des cranes. Le culte des cranes existe chez les bamilékés bien avant l’avènement du christianisme. Selon cette religion, «ceux qui sont morts ne sont jamais partis... les morts ne sont pas sous la terre. Ils sont dans l'arbre qui frémit, ils sont dans le bois qui gémit,  Ils sont dans l'eau qui coule. Ils sont dans l'eau qui dort. Ils sont dans la case, ils sont dans la foule. Les morts ne sont pas morts ».
En effet, s’ils  reconnaissent que Dieu peut être atteint grâce à ses anges (culte des divinités), ils pensent aussi que leurs ancêtres décédés peuvent intercéder auprès du divin pour leur cause. La préservation des cranes comme reliques se pratique donc ainsi qu’il suit: quelques mois ou plus souvent quelques années après l'enterrement du défunt, lors d'une cérémonie spéciale dirigée par un initié, on recreuse la tombe pour déterrer uniquement son crâne qui ira se reposer désormais dans la case sacrée réservée à cet effet sous la garde d’un héritier légitime. C’est dans cette case qu’éventuellement on viendra avec quelques présents symboliques comme l’huile, le « Ndindim » ou encore le jujube, la kola, le pistache, l’huile de palme, le sel  et parfois une chèvre ou une poule peut être égorgée  comme sacrifice adresser nos prières d’intercession a un défunt en particulier et le plus souvent à tous les défunts.
 Il faut noter que c’est le crâne d’une personne ayant fait ou accompli de grandes réalisations qui est déterré. Si après la mort d’un individu les initiés (kam-si) constatent  que celui-ci  était un sorcier malfaiteur alors il ne pourra jamais être élevé  au rang des ancêtres. Ceci revient à dire que la famille de ce dernier n’organisera point ses funérailles car c’est cette cérémonie qui marque l’intégration du défunt dans le collège des ancêtres de la communauté et le repos dans la paix des ancêtres.
Le Tok
Il existe des anecdotes chez les bamiléké portant sur certains êtres qui se transforment la nuit en espèce animale pour s’introduire dans des chaumières afin de secourir les malades, Certains Kam si et chirurgiens traditionnels détenteur du gène y recourent pour entrer en contact avec leurs malades afin de les soulager de leurs douleurs, ou détruire les ennemis ou les mauvaises personnes. Le plus grand mystère règne sur leur nature. Le « Tioum » ou « Tok » est  comme une substance tapie dans l’abdomen de certaines personnes, en général héritée mais qui peut aussi être introduite du dehors faisant de son possesseur un sorcier ou un puissant guérisseur. Le gène « Tok/Tioum » à l’origine du pouvoir surnaturel, se fixerait soit sur le foie soit sur le cordon ombilical. Il se transmet héréditairement de la mère aux enfants, sauf que le gène est récessif chez tous les garçons et exceptionnellement chez quelques filles. Il faut généralement une initiation complexe pour activer le principe « Tok/Tioum » qui sommeille dans le corps des enfants mâles. Les femmes détentrices de « Tok/Tioum » sont passées des femmes les plus recherchées à celles les plus redoutées chez les Bamiléké. Plusieurs possesseurs du gène en font donc usage pour combattre le mal et les ennemies   en dévorant chez leurs ennemis les organes vitaux que sont le foie ou les poumons ou encore pour introduire dans leur organisme des objets destinés à miner leur santé (débris d’os, petit coquillage, cheveux, grain d’arachide ou de maïs, etc.). Il faut comprendre qu’en général, le TOK n’est pas un don destiné à faire le mal, il est en réalité donner à certaines personnes pour faire le bien, mais c’est un mauvais usage qui fait que certain le considère comme une mauvaise chose.