Le
lamantin d’Afrique (Trichechus senegalensis)
est un membre de la famille des Trichechidae, qui appartient à l’ordre des
siréniens (ou vaches marines). Il constitue l’un des grands mammifères aquatiques herbivores
que l’on trouve sur les côtes et dans les zones humides intérieures d’Afrique
de l’Ouest entre la Mauritanie et l’Angola et à l’intérieur des terres jusqu’au
Mali, Niger et Tchad. Il vit dans des habitats côtiers et dans les estuaires,
dans des lagunes côtières et dans les parties basses de la plupart des systèmes
fluviaux à partir du fleuve Sénégal en Mauritanie/Sénégal jusqu’au fleuve Longa
en Angola. Le lamantin d’Afrique de l’Ouest bien que classé comme vulnérable dans la Liste rouge
des espèces menacées de l’UICN, à
l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces
en danger de la faune et de la flore sauvages (CITES) et de la Convention sur
la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), est
le moins étudié de tous les siréniens et sa situation dans la plus grande
partie de son aire de répartition n’est que peu connue. Cependant, malgré un manque
général de renseignements on a de plus en plus la preuve que l’espèce décline, principalement
en raison des captures accidentelles dans les filets de pêche, la chasse, le
commerce, les modifications de son habitat (dont la coupe des mangroves,
changement climatique) et les travaux d’aménagement tels que les barrages. Il
n’y a actuellement aucun mécanisme officiel régional pour la conservation du
lamantin d’Afrique ; les législations et les coutumes nationales et locales dans
de nombreux Etats de l’aire de répartition ne s’occupent pas d’une manière
adéquate des besoins de conservation de l’espèce. Des efforts ont été faits par
les gouvernements et la société civile de la région en faveur de la
conservation de l’espèce, mais même dans les pays où il est protégé par une loi
nationale, elle n’est pas correctement appliquée. Il est donc nécessaire de
présenter les valeurs écologiques du lamantin d’Afrique et d’élaborer un plan
d’action efficace pour la conservation effective du lamantin d’Afrique de
l’Ouest.
I- QUELQUES TRAITS
BIOLOGIQUES ET REPARTION DU LAMANTIN OUEST- AFRICAIN
I-1- Quelques Traits Biologiques Du Lamantin Ouest-
Africain (trichechus Senegalensis)
I- 1- 1-
Taxonomie Et Description
Les Lamantins sont
des mammifères aquatiques de la famille des Trichéchidés, appartenant à l’ordre
des siréniens. Il existe trois représentants de cette famille, à savoir
amazonien (Trichechus inuguis), ouest indien (Trichechus manatus)
et ouest africain (Trichechus senegalensis).Il y a deux sous-espèces de
Lamantin ouest-indien : le Lamantin de Floride (Trichechus manatus latirostris)
et le Lamantin des Antilles (Trichechus manatus manatus).
Tableau 1 :
Fiche d’identité du lamantin Ouest- Africain
|
Nom français : Lamantin d’Afrique Occidentale
Nom anglais :
African manatee
Nom latin :
Trichechus senegalensis
Classe :
Mammifères
Ordre :Sirenien
Famille: Trichechidés
Taille : 4,6
mètres ou plus
Poids : Entre
200 et 600kg
Longévité : 30
ans
|
![]() |
Source : http://www.sirenian.org/westafrican.html
Le Lamantin ouest africain ressemble beaucoup à son
homologue ouest indien dans sa morphologie externe. Cependant, l’espèce ouest
africaine est moins robuste. C’est un animal de grande taille avec un corps
fusiforme de couleur grise, une peau plissée presque entièrement nue, avec une
épaisse couche de graisse (5 cm sur le dos, 1cm sur le ventre). Un adulte moyen
mesure environ 3 m et pèse entre 450 et 500 kg, bien que des individus
exceptionnels puissent atteindre 4 m de long et peser plus de 1000 kg. L’animal
dispose d’une nageoire caudale horizontale en palette arrondie à la place de la
queue. Son œil est très petit par rapport à sa taille .L’extrémité du museau
est garnie de fibrisses (vibrisses) faiblement incurvées vers le bas. La
lèvre supérieure est trifide (Powell 2002). Il vit en profondeur, mais a
besoin de remonter à la surface pour respirer par deux valves qui ressemblent à
des naseaux. Il n’a pas d’oreille externe et l’ouverture de l’oreille, située
derrière l’œil, est pratiquement invisible. Les membres antérieurs sont
transformés en palettes natatoires (5 doigts
atrophiés).On
observe une paire de mamelles pectorales volumineuses chez la femelle, d’où le nom
de sirénien et l’association du Lamantin avec les fables folkloriques au sujet
des sirènes.
I- 1- 2- Cycle De Vie
Les détails du cycle vital du Lamantin ouest
africain sont encore embryonnaires, mais on suppose qu’ils s’apparentent à ceux
du Lamantin ouest indien qui a été étudié plus en détail. La gestation dure
probablement 12 à 14 mois environ et l’âge à la maturité entre quatre et cinq
ans, tandis que la longévité peut atteindre 70 ans (Powell 2002).On ne connaît
pas bien le comportement reproductif, mais il a été fait état d’accouplements
de bandes venues du Mali qui se forment entre juillet et septembre, pendant la
montée des niveaux d’eau (Kienta 1982). Le vêlage aussi atteint son niveau maximum
au démarrage des pluies, et les femelles mettent bas tous les deux ans et demi
environ (Powell 2002).
I- 1- 3- Habitat Et Régime Alimentaire
Le Lamantin ouest africain vit dans pratiquement
chaque type d’habitat aquatique accessible dans son aire de distribution, que
ce soit des eaux marines, saumâtres ou douces. Il arrive parfois à se frayer un
passage dans les lacs et au-delà des cataractes, lorsqu’il n’y a plus de voie franchissable
ailleurs. Il a colonisé les eaux
-
les lagunes côtières à mangrove abondante ou émergence de pousses herbacées ;
-
les zones estuariennes des grands fleuves à mangrove abondante dans les parties
basses et
bordées
d’herbes en amont ;
-
les eaux côtières abritées peu profondes, bordées de mangroves ou de grosses
plantes marines.
Le Lamantin se nourrit essentiellement de végétation
: il consomme des plantes flottantes ou submergées telles que les mangroves (Rhizophora),
la jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes), et les herbes (Paspalum vaginatum).Ayant
mené des observations au Sénégal, en Gambie, en Guinée-Bissau, en Côte
d’Ivoire, au Ghana, au Nigeria et au Cameroun, Powell (1996) énumère 32 espèces
de nourriture connues. Le régime principal se compose de plantes
émergentes,
en particulier d’herbes telles que Vossia, Echinocloa, Typha, Phragmites,
Pennisetum purpureum et Paspalum vaginatum, avec des préférences
pour des espèces particulières telles que Polygonum et Alternant herasessilis
(Powell 1996). Le Lamantin consomme également des fruits et des graines
auxquels il peut accéder pendant les crues saisonnières .En somme, le régime du
Lamantin ouest africain est très diversifié, avec une large gamme de produits
végétaux et parfois d’autres produits, notamment des bivalves et de petits
poissons. Ce régime diversifié, couplé à une forte adaptabilité, permet
d’expliquer leur colonisation réussie de presque chaque type d’habitat
aquatique dont ils peuvent disposer, où leur route n’a pas été bloquée par des
cataractes ou autres obstacles matériel
Le
Lamantin présente deux types d’adaptation remarquable à son milieu. D’abord,
les plantes dont il se nourrit contiennent de la silice, substance abrasive
pour ses dents. Un déplacement constant des molaires vers l’avant de la
mâchoire lui permet un renouvellement
Constant de sa
dentition. Sur chaque mâchoire, 10 dents au maximum sont présentes
simultanément. Ensuite, son métabolisme, très lent, lui autorise de longues
périodes de jeûne, mais le rend vulnérable au froid,
I
-2- Distribution
Géographique Des Lamantins Dans Les Côtes-Ouest Africaines
La
répartition géographique du lamantin dans les côtes-ouest africaines suit une
distribution spatiale axée suivant plusieurs pays Africains ouverts sur
l’atlantique.
Le Lamantin
ouest africain Trichechus senegalensis est un grand mammifère aquatique
de l’Ordre des Siréniens, présent dans les zones humides côtières et
intérieures de l’Afrique de l’ouest, entre la Mauritanie et l’Angola,
et à l’intérieur des terres jusqu’au Mali, au Niger et au Tchad.
Vivant également en eau douce (lacs et lagunes), le
Lamantin se rencontre plus spécifiquement :
-Dans
les zones humides adjacentes au fleuve Sénégal en particulier dans la
région de Matam au nord-est du Sénégal (Ali 1999);
-En
Guinée-Bissau [Silva
et al. (1999)] ;
-En Côte
d’Ivoire, sur un site centré sur la Lagune Fresco, une zone humide côtière peu profonde
qui est un lieu de prédilection des Lamantins (Powell 1988;Powell 1992; Akoi
2000) ;
-Au Ghana, au niveau du Lac Volta (Ofori-Danson,
1995) ;
- Au Niger le long du fleuve Niger (Ciofolo & Sadou 1996;
Louis 2003).
-
Au Tchad des
sanctuaires de Lamantins ont été établis au niveau des lacs Léré et Tréné
adjacents au fleuve Mayo Kebbi (Salkind 1998) ;
- Au Gabon, le Parc National du
Loango comme site important pour les Lamantins (Keith & Collins 2007).
-Au
Cameroun, le lamantin est Observé sur l’ensemble de la zone côtière dans les
zones humides appropriées, en particulier là où existent de larges criques et
un habitat estuarien, par exemple dans le Rio del Rey, la Baie de Cameroun et
le River Sanaga (en aval d’Edéa). Présent également dans le fleuve Bénoué au
nord du Cameroun, y compris le lac Lagdo le lamantin se trouve aussi au niveau
de l’embouchure Nkam-Wouri.

Figure
1: Aire de répartition du lamantin
II- ETAT DES LIEUX
ET MENACES SUR LE LAMANTIN OUEST-AFRICAIN
II-1- Etat Des Lieux
A
la première réunion régionale sur le Lamantin ouest africain qui a été
convoquée par Wetlands International en 1998 à Dakar, au Sénégal, les
participants de la plupart des états de l’aire de distribution se sont penchés
sur le statut de l’espèce et les menaces qui pèsent sur elles
(Dodman1999a).Leurs travaux ont abouti à l’élaboration de propositions visant à
traiter les diverses menaces et lacunes de connaissances identifiées. Au
départ, les fonds n’avaient pas été obtenus, mais certaines ressources avaient
été mobilisées pour soutenir diverses études dans les pays du Bassin du Niger:
Guinée, Mali, Niger, Bénin et Nigeria (Wetlands International 2002). D’autres
tentatives de lever des fonds ont abouti au soutien du PRCM pour les enquêtes et
un plan régional de conservation pour les pays de la zone littorale entre la Mauritanie
et la Sierra-Leone. Ont été notamment produits des brochures d’information, des
T-shirts et d’autres matériels de sensibilisation, tandis que les résultats des
réunions nationales ont été consolidés en rapports de projets (p. ex.,
PRCM2005). La Convention d’Abidjan a fourni un appui supplémentaire pour étendre
ce projet à d’autres états de l’aire de distribution. Une activité combinée essentielle
de ces deux projets a été un atelier régional qui s’est tenu à Dakar, au
Sénégal, endécembre2006, et qui a permis des échanges d’informations sur le statut
régional du Lamantin ouest africain afin d’élaborer des recommandations pour une
stratégie de conservation de l’espèce (Wetlands International 2007). Entre ces
récents mécanismes de financement (PRCM et Convention d’Abidjan), les pays
participants ont entrepris des études des informations connues sur le statut du
Lamantin dans leurs territoires. Les informations qui en ont résulté ont
présentées dans les profils pays ci-après.
II
- 2- Menaces
Sur Le Lamantin Ouest- Africain
Morais
(2006) considère qu’il y a eu une baisse sensible des populations de Lamantins
vivant dans les lagunes et fleuves de l’Angola où la présence de communautés de
pêcheurs marginales est plus forte. Un pêcheur d’un village lagunaire du fleuve
Bengo a fait état de l’abattage de 77 Lamantins au cours de l’année 1998, et de
fortes pressions sur l’espèce dans le fleuve Cuanza (Ron 1998). Les principales
menaces qui pèsent sur le Lamantin dans le bassin du fleuve Cuanza (Morais
2006) sont :
-
la chasse illégale, en particulier au début de la crue et vers la fin de la
saison sèche, à l’aide de filets spécialement conçus pour le Lamantin et de
harpons. Des barrières faites de petites branches ont été utilisées autrefois
pour piéger les Lamantins dans de petites lagunes qui s’asséchaient à la fin de
la saison sèche. La pression de chasse s’est accrue en même temps que
l’immigration dans la zone de déplacés de guerre ;
-
l’échouage de Lamantins dans de petites mares en fin de saison sèche et aussi à
cause du contrôle du débit du barrage de Cambambe, qui ont pour effet d’accroître
la vulnérabilité des Lamantins à la chasse ;
-
la destruction de l’habitat, notamment la déforestation des zones de mangrove
dans les parties inférieures du fleuve Cuanza ;
-
les captures accidentelles dans les filets de pêche.
Une
autre menace potentielle pesant sur les Lamantins de l’Angola est la pollution,
principalement due à l’exploration pétrolière de plus en plus intense dans la zone
côtière, alors qu’une zone industrielle est également en cours de construction
sur le fleuve Cuanza.
III- STRATEGIES DE
CONSERVATION DU LAMANTIN OUEST- AFRICAIN (thème, objectifs, résultats
escomptes)
Thème 1 : Législation
et politique
Objectif
1 : Améliorer les politiques et la législation pour la protection des lamantins
et renforcer leur application
Résultats escomptées
1.1
Des politiques efficaces sont établies pour la conservation des lamantins aux
échelons régional et national et des mécanismes sont en place pour leur
application dans tous les Etats de l’aire de répartition
1.2
Des cadres législatifs efficaces sont établis pour la conservation des
lamantins dans tous les Etats de l’aire de répartition
1.3
Les politiques et les législations relatives à la conservation des lamantins
sont largement adoptés et bien connues des parties prenantes
1.4
Large application de la législation relative à la conservation des lamantins
Thème 2 : Recherche
appliquée, suivi et réseaux d’échanges
Objectif
2 : Améliorer la compréhension du lamantin d’Afrique et utiliser l’information
pour la gestion de leur conservation
Résultats escomptées
2.1
Améliorer la connaissance du lamantin d’Afrique grâce à des initiatives de
recherche nationales et régionales
2.2
Des mécanismes efficaces de gestion et de conservation sont établis pour le
lamantin d’Afrique
2.3
Etablissement d’un réseau régional concernant les lamantins renforcé par un
développement de la capacité d’intervenir et des initiatives d’échange
Thème 3 : Conservation,
y compris restauration et sauvegarde des habitats des
lamantins
Objectif
3 : Réduire la pression sur le lamantin d’Afrique par la restauration et la
sauvegarde
de ses habitats
Résultats escomptées
3.1
Désignation de sites fournissant des habitats clés pour les lamantins en tant
que sanctuaires, grâce à des initiatives nationales et régionales
3.2
Réhabilitation des habitats du lamantin d’Afrique
3.3
Réduction de l’exploitation et de la capture des lamantins d’Afrique
Thème 4 :
Sensibilisation & éducation / Information, éducation & communication
Objectif
4 : Promouvoir une bonne connaissance du lamantin d’Afrique et de ses valeurs
écologique et culturelle par une communication, une éducation et une
sensibilisation du public ciblées
Résultats escomptées
4.1
Des matériels d’éducation et de sensibilisation relatifs aux lamantins,
notamment à leur valeur et aux menaces, sont mis au point et largement utilisés
4.2
Des attitudes et des mesures favorables à la conservation des lamantins sont encouragées
grâce à des campagnes de sensibilisation
4.3
La conservation des lamantins est intégrée dans les programmes existant de communication,
d’éducation et de sensibilisation
CONCLUSION
Parvenu au terme de notre travail
porté sur l’écologie et la conservation du lamantin en Afrique de l’ouest, il
en ressort que le Trichechus senegalensis est un mammifère aquatique de la
famille des Trichechidae qui subit depuis plusieurs décennies de menaces liées
à son exploitation. Ce qui nous a amené durant ce travail à s’intéresser aux
conditions d’existence et au mode de vie nous permettant de déterminer quelques
traits biologiques comportementaux et morphologiques ainsi que son aire de
répartition. Outre son écologie, nous avons également évoqué les stratégies de
conservation tout en s’intéressant à l’état des lieux de la population de ce
mammifère ainsi qu’aux menaces anthropiques et naturelles qu’il subit .Au
regard de ce qui précède, on se rend compte que le lamantin présente les traits
biologiques similaires à ceux des autres mammifères aquatiques mais avec une
période de reproduction allant de 2 à 3ans et une aire géographique réduite.
Parlant des politiques de conservation il faut retenir qu’elles sont plus ou
moins efficaces et nécessitent encore beaucoup d’améliorations sur le plan
juridique et institutionnel entre Etats pour la mise sur pieds d’une bonne
stratégie d’exploitation durable de cette espèce.
REFERENCES BIBIOGRAPHIQUES
Jean-claudePanisset, E. Dewailly,
H. Doucet-Leduc, 2003. Contamination alimentaire, 29p
Lettre
scientifique de l’Institut Française de la Nutrition (IFN), 2008. Le poisson,
quel enjeu pour la consommation, 20p.
Ministère de
l’Environnement, de la Protection de la Nature, de la Recherche et de la Technologie, 2008. Rapport National sur la stratégie de conservation du Lamantin ouest
africain (Trichechus senegalensis) du Gabon
PNUE
/Wetlands International, 2008. Stratégie
de Conservation du Lamantin ouest Africain
(Trichechus senegalensis)
Polytech’
Montpellier II, 2007. Microbiologie alimentaire, 134p.
Procédés
et technologies à maitriser pour le développement des produits de la mer
innovants, 43p.

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