lundi 30 juin 2014

L’organisation de la chefferie traditionnelle à l’Ouest-Cameroun : cas des Bamoun




            Le peuple Bamoun, situé dans les montagnes de l'ouest du Cameroun, a forgé son unité au cours des sept siècles d’existence du royaume. Le roi des Bamouns est de la dynastie de Nchare Yen, venue de Rifum (Mbankim). Les croyances religieuses en vigueur dans cette région sont aujourd’hui l’islam, venu du nord, et le christianisme, venu du sud. Avec une superficie de 7 700 km² environ et 820 000 habitants, la région du Bamoun couvre plus de la moitié de l’actuelle Région de l’Ouest. Le royaume est constitué d’un haut plateau (700m) à l’ouest, surmonté de trois massifs alignés – Mbapit (1910m), Nkogham et Mbam (2200. m) – et d’une plaine encaissée au pied de la falaise à l’Est de Foumban ; cette plaine longe la rive du Mbam jusqu'au point de confluence avec le Noun près de Bafia.

I.1 Origine
L’actuel territoire des Bamouns a été unifié par les Tikar en plusieurs étapes. On suppose que vers la fin du XIVe siècle, 200 à 300 personnes ont franchi le fleuve Mapé à la suite du prince Nchare qui soumit sept principautés avant de s’établir dans un premier temps à Djimom. L’État Bamoun y est proclamé et Djimom devient la première capitale du royaume. Le pacte fondamental stipule que : « L'État Bamoun est né et Nchare en est le roi. Il désignera librement son héritier parmi ses fils. » De Djimom, Nchare soumet une dizaine d’autres ethnies et établit sa nouvelle capitale à Foumban après y avoir vaincu les Pa M'ben qu’il réinstalle dans un quartier de la ville. Le royaume a alors une dimension presque circulaire dont le diamètre est de 30 km environ entre Djimom et Kundùm. La population se situe autour de 25 000 personnes. Quand Mbuombuo Mandù devint le onzième monarque vers la fin du XVIIIe siècle, il entreprend de grandes conquêtes aux frontières naturelles du Mbam, de la Mapè et du Noun. Le territoire est multiplié par quatre.
I.2 Organisation socio-politique de la chefferie Bamoun
A première vue, l’organisation de la société Bamoun donne l’impression d’être pyramidale et complexe. La multiplicité des lignes hiérarchiques entre le sommet de la pyramide et la base laisse penser à une inextricable toile, difficile à dérouler et à pénétrer. En réalité il n’en est rien. Si l’effectivité du pouvoir est détenue par le Mfon (roi), il y a au-delà, un agencement de l’autorité hiérarchique en sous-ensembles concentriques de responsabilité qui fait que tout le monde participe à l’exercice du pouvoir. Il s’agit donc d’un pouvoir communuel animé par différents acteurs (nobles ou notabilités) qui représentent autant de centres de décision.
I.2.1 Structure du royaume
La société était fortement stratifiée. A la base de la pyramide une masse servile englobait près des deux-tiers de la population ; cette masse était formée par la descendance des captifs provenant des guerres du XIXe siècle ou par des prisonniers récents réduits en esclavage. Les esclaves étaient, il faut le souligner, toujours rattachés à un lignage ou au monarque. Le tiers restant de la population formait une noblesse dont les membres étaient répartis entre quelque 700 patrilignages, noblesse inaliénable, dont le statut n'était toutefois pas opposable au roi. Une trahison politique entraînait la servitude. La société bamoun avait toutes les apparences d'un immense lignage maximal formé de subdivisions, les lignages princiers ou palatins, qui tous, à travers leur fondateur, s'articulaient sur la lignée des rois. Cette dernière jouait le rôle d'axe générateur dans le royaume. Les esclaves, propriété des membres des lignages et du monarque, n'étaient que des prolongements des groupes de descendance.
I.2.2 Titres nobiliaires
TITRES NOBILAIRES
TRADUCTION LITTERALE
ROLES OU FONCTIONS
NOMINATIONS
ET SUCCESSIONS
MFON
KOM
NAFOM
NJI NGBETGNI
POM MAFON
NJI FON FON
TITA NFON
TITA NGU
TUPANKA
KOM SHU MSHUT
MANSHUT
MFONTUE
SHUNSHUT
KPEN
Roi, Sultan
Ministre (co-fondateur)

Mère du roi ou reine mère
Nji adjoint
Frère ou sœur
Nji des rois
Père du roi
Père du pays
Tête de Panka
Compagnon gardien du palais
Grand du palais
Roi soumis
Gardien du palais
Esclave
Souverain bamoun
Conseillers intronisateurs
Equilibre du pouvoir
Vice-roi
Utérin du roi
Premier Ministre
              -
Chef de la justice
Chef de l’armée royale
Conseiller du roi
Personnalité du royaume
Chefs Vassaux
Divers services
Serviteur
Charge héréditaire
Nommé, puis héréditaire
Nommé
Héréditaire
Nommé
Nommé
Nommé
Nommé
Nommé
Héréditaire
Nommé
Héréditaire
Héréditaire
Héréditaire

·         Roi (« Mfon »)
           Le roi tient son pouvoir de la force ou du prestige, son autorité résultera de la soumission de la population bamoun : il détient avant tout des pouvoirs politiques, religieux et maintient la paix et l’ordre social plus par la contrainte et l’arbitrage que par son influence spirituelle. Il a un pouvoir divin et sacré dont l’usurpation est inévitablement punie de mort. Il légifère avec ou sans concours de son conseil. Le roi dirige l’exercice de la justice et fait exécuter les sanctions rendues par les assesseurs coutumiers. Il est le chef du service judiciaire devant les tribunaux coutumiers. Il gère le trésor public, formé de dons en nature que tout citoyen se doit d’apporter au roi périodiquement. A son tour, le roi affecte ces dons aux besoins des malheureux. Pour leur mise en valeur, il distribue les terres aux membres de la tribu.
Dynasties du royaume Bamoun
NOMS DES ROIS
REGNE
1er
NCHARE YEN
1394 - 1418
2ème
NGOUOPOU
1418 - 1461
3ème
MONJOU
1461 – 1498
4ème
MENGAP
1498 – 1519
5ème
NGOUH I
1519 – 1544
6ème
FIFEN
1544 – 1568
7ème
NGOUH II
1568 – 1590
8ème
NGAPNA
1590 – 1629
9ème
NGOULOURE
1629 – 1672
10ème
KOUOTOU
1672 –1757
11ème
MBOUOMBOUO
1757 – 1814
12ème
GBETKOM
1814 – 1817
13ème
MBIEKOUO
1817 – 1818
14ème
NGOUHOUO
1818 – 1863
15ème
NGOUNGOURE
1863 (30 minutes )
16ème
NSANGOU
1863 – 1889
17ème
NJOYA
1889 – 1933
18ème
NJIMOLUH NJOYA
1933 – 1992
19ème
MBOMBO NJOYA
1992

Une écriture pour le peuple Bamoun
En 1907, des missionnaires européens découvrent que le jeune roi Njoya, roi des
Bamoun, a créé une écriture. Ils racontent que, ayant vu un coran, Njoya voulait non seulement inventer une manière de consigner les paroles, mais aussi répandre l’écriture pour qu’elle soit accessible à tous. L’écriture royale (ou écriture Bamoun), qui comptait au départ plus de 500 signes, connaîtra plusieurs évolutions jusqu'en 1918. La simplification et notamment la réduction du nombre de signes à 80 caractères assura une meilleure diffusion de l’écriture et amena l'augmentation des textes rédigés en écriture royale, qui était enseignée dans les écoles. Njoya institua un bureau d’état civil pour enregistrer les naissances et les mariages. Les jugements du tribunal royal étaient également consignés par écrit. Le livre d’histoire, de lois et de traditions des Bamouns, qui compte plus de 1.100 pages, est alors rédigé au moyen de l’écriture royale. Sa réplique se trouve actuellement au Pitt-Rivers museum d’Oxford.
·         Notables (« Kom »)
Généralement au nombre de sept, Les Kom (Nkom au singulier), cosignataires sont les conseillers intronisateurs de Roi, chargés de garder la loi fondamentale de l’état et de veiller à son application. Leur fonction est héréditaire et ils sont autonomes. Ils ont le privilège de se donner la mort s’ils sont condamnés à la peine capitale par la justice pour haute trahison, par exemple.
I.3 Organisation culturelle du royaume Bamoun
 Le pays Bamoun est caractérisé par une diversité culturelle  qui englobe toutes les couches de cette société.
I.3.1 Les rites et pratiques
Les recours religieux sont de deux ordres : ceux qui sont ouverts à tous, la prière et les libations, et ceux qui sont réservés aux détenteurs de l'autorité, les sacrifices. Ils forment néanmoins un ensemble, la fonction et la signification des uns éclairant celles des autres.
I.3.1.1 Les prières et libations
Le njuom, terme par lequel les Bamoun désignent, les prières, est non seulement ouvert à tous mais il se pratique à tout moment et en tous lieux. C'est un recours universel susceptible d’être utilisé en un nombre indéfini de circonstances.
Dans un univers où échec, querelle, disette, maladie, mort renvoient à des transgressions morales, l'universalité du recours au njuom s'explique. Les Bamoun interrogés à ce sujet sont souvent embarrassés. Ils feraient appel aussi bien, aux ancêtres qu'à ces divinités ubiquistes que les Bamoun désignent sous le nom de panyinyi. Cette imprécision, notons-le, convient à une société où une large fraction de la population vit loin des tombes de ses ancêtres, dont elle a été séparée par les guerres. Personne, d'après les témoins, ne s'engageait par un njuom "s'i1 se savait coupable. Aujourd'hui encore, peu de gens sont susceptibles de défier les vieilles croyances.
Les libations sont fréquentes : elles se font en dehors des sacrifices, bien qu'elles les aient toujours accompagnés. Pratiquées par tous, elles se font néanmoins en des lieux particuliers et sont obligatoires en certaines circonstances. On utilise des boissons fermentées, bières de sorgho, de mais ou vin de palmier raphia, considérées comme des véhicules de force. Les liquides sont versés au foyer d'une famille, sur une tombe, dans des trous à libations creusés dans les lieux de réunion des sociétés secrètes ; on peut aussi faire des offrandes à la terre en versant quelques gouttes sur le sol, là où l'on se trouve. Ces offrandes se font aussi bien à l'occasion d'un repas, de la réunion des membres d'une société que lors des grandes fêtes annuelles où elles accompagnent alors les sacrifices.
I.3.1.2 Les sacrifices
Le sacrifice diffère des pratiques précédentes en raison de son caractère réservé et des précautions qui sont prises pour le lui conserver. Il est exécuté par les chefs de lignage et le roi aux grandes fêtes du calendrier agricole et religieux traditionnel. On sacrifiait en juillet, après la récolte de maïs qui était suivie de la remise du tribut au palais.
Une fête générale, dite fête des nguon ; sont des tambours à friction que leurs possesseurs amenent à cette occasion au palais et qui, en principe, ne doivent être vus ni par les femmes, ni par les enfants. Lors de cette manifestation, le roi doit écouter les doléances recueillies dans la population et prendre des mesures destinées à éliminer les abus et même les violences qui provoquent les maux dont souffre la population (disettes, troubles, épidémies). Une immense agape a lieu et se termine par des sacrifices exécutés dans les cimetières de tous les chefs de lignage, sur les tombes de leurs ancêtres, dans celui du roi et dans le sanctuaire où l'on conserve les crânes royaux.
Il est célébré en décembre, à la saison sèche, une autre fête dite de nja. Elle donne lieu à une grande manifestation chorégraphique, et offre à chacun l'occasion de faire étalage de ses plus beaux atours. C’est, disent les Bamoun, la "fête de la beauté". On exécute encore des sacrifices comme pour le nguon. En dehors de ces fêtes fixes, on sacrifie encore, avant les départs en guerre, après les grandes chutes de pluie marquées par l'apparition d'un arc-en-ciel, et à chaque fois que la divination le prescrit.
I.3.1.3 Intronisation du Roi Bamoun
A la mort d’un roi, les instruments du nguon sont placés en face du corps. Pour la cérémonie d’un roi nouvellement intronisé, le roi et ses sept kom jouent aux tambours du ngoun.
Le roi nouvellement intronisé remet un tambour de nguon aux chefs de lignage qui lui ont été loyaux. Ces chefs sont appelés tita-nguon. Les tita-nguon peuvent confier leurs tambours à la garde d’un parent ou d’un serviteur. La personne qui assure la garde du tambour est appelée mfon-nguon. Au même moment où le tambour de nguon est remis à un tita-nguon, il lui est aussi remis un sac en raphia décoré de plumes de feuilles. Il contient une concoction de racines écrasées, d’écorces pilées, de résines, de poudre de fer, et d’une sorte de poudre de couleur blanche. Le tambour de nguon est soutenu par une sangle accrochée à l’épaule, étant donné que la membrane doit être mouillée de temps à autre, un serviteur avec en main une calebasse pleine d’eau, accompagne le joueur. La calebasse est habituellement décorée avec des feuilles spéciales.
I.3.2 Les danses traditionnelles du royaume Bamoun
Dans la tradition Bamoun, la musique est d’inspiration populaire, donc anonyme. Il n’y a pas de droit d’auteur, mais de patrimoine collectif légué et exécute avec toujours le souci d’exactitude dans le texte, le son et le rythme.
                  Plus qu’une tradition, elle est le ferment de pérennisation de la sagesse. Parfois musique de classe ou de caste, elle est toujours musique de circonstance. Le Nguri par exemple est la musique de la société des princes et traduit la noblesse de sang, lorsqu’ils dansent, ils portent des tuniques en matériau batik tisse a la main spécialement faites pour la famille royale. Les hommes portent des masques décores avec des plumes. La danse de nguri est exécutée en temps de guerre, lors des funérailles et à l’occasion des grandes fêtes. Les instruments qu’ils utilisent incluent des sifflets en bois, un grand tam-tam et plusieurs types de sonnettes. Le Mbansié, celle de serviteurs du roi. Les danseurs portent des armes et sont habilles de tenues traditionnelles de guerre et de longues tuniques. il y a plusieurs masques utilises lors de l’exécution de la danse mbansie : des occasions : pendant la guerre, la mort d’un roi, a la mort de la mère du roi, a la mort des oncles maternels du roi, ainsi qu’a l’occasion du décès d’un nkom ou d’un momafon.
En plus des musiques réservées, il existe une multitude de musique populaire, mais toujours liées aux quartiers ou aux villages. Kurun est l’adresse du quartier Nkunga, Kpalùm l’affaire le nfetin, Meshé la fierté de Makùtam. D’une façon générale, le fond musical Bamoun est très riche. Il compte plus d’une centaine de rythmes qui hélas se meurent faute d’exploitation.           


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