Le peuple Bamoun, situé dans les
montagnes de l'ouest du Cameroun, a forgé son unité au cours des sept siècles
d’existence du royaume. Le roi des Bamouns est de la dynastie de Nchare Yen,
venue de Rifum (Mbankim). Les croyances religieuses en vigueur dans cette
région sont aujourd’hui l’islam, venu du nord, et le christianisme, venu du
sud. Avec une superficie de 7 700 km² environ et 820 000 habitants, la région
du Bamoun couvre plus de la moitié de l’actuelle Région de l’Ouest. Le royaume
est constitué d’un haut plateau (700m) à l’ouest, surmonté de trois massifs
alignés – Mbapit (1910m), Nkogham et Mbam (2200. m) – et d’une plaine encaissée
au pied de la falaise à l’Est de Foumban ; cette plaine longe la rive du Mbam
jusqu'au point de confluence avec le Noun près de Bafia.
I.1 Origine
L’actuel territoire des Bamouns a été unifié par les
Tikar en plusieurs étapes. On suppose que vers la fin du XIVe siècle, 200 à 300
personnes ont franchi le fleuve Mapé à la suite du prince Nchare qui soumit
sept principautés avant de s’établir dans un premier temps à Djimom. L’État
Bamoun y est proclamé et Djimom devient la première capitale du royaume. Le
pacte fondamental stipule que : « L'État Bamoun est né et Nchare en est le
roi. Il désignera librement son héritier parmi ses fils. » De Djimom,
Nchare soumet une dizaine d’autres ethnies et établit sa nouvelle capitale à
Foumban après y avoir vaincu les Pa M'ben qu’il réinstalle dans un quartier de
la ville. Le royaume a alors une dimension presque circulaire dont le diamètre
est de 30 km environ entre Djimom et Kundùm. La population se situe
autour de 25 000 personnes. Quand Mbuombuo Mandù devint le onzième monarque
vers la fin du XVIIIe siècle, il entreprend de grandes conquêtes aux frontières
naturelles du Mbam, de la Mapè et du Noun. Le territoire est multiplié par
quatre.
I.2 Organisation socio-politique de
la chefferie Bamoun
A
première vue, l’organisation de la société Bamoun donne l’impression d’être
pyramidale et complexe. La multiplicité des lignes hiérarchiques entre le
sommet de la pyramide et la base laisse penser à une inextricable toile,
difficile à dérouler et à pénétrer. En réalité il n’en est rien. Si l’effectivité
du pouvoir est détenue par le Mfon (roi), il y a au-delà, un agencement de
l’autorité hiérarchique en sous-ensembles concentriques de responsabilité qui
fait que tout le monde participe à l’exercice du pouvoir. Il s’agit donc d’un
pouvoir communuel animé par différents acteurs (nobles ou notabilités) qui
représentent autant de centres de décision.
I.2.1 Structure du royaume
La société était fortement stratifiée. A la base de
la pyramide une masse servile englobait près des deux-tiers de la population ;
cette masse était formée par la descendance des captifs provenant des guerres
du XIXe siècle ou par des prisonniers récents réduits en esclavage. Les
esclaves étaient, il faut le souligner, toujours rattachés à un lignage ou au
monarque. Le tiers restant de la population formait une noblesse dont les
membres étaient répartis entre quelque 700 patrilignages, noblesse inaliénable,
dont le statut n'était toutefois pas opposable au roi. Une trahison politique
entraînait la servitude. La société bamoun avait toutes les apparences d'un
immense lignage maximal formé de subdivisions, les lignages princiers ou
palatins, qui tous, à travers leur fondateur, s'articulaient sur la lignée des
rois. Cette dernière jouait le rôle d'axe générateur dans le royaume. Les esclaves,
propriété des membres des lignages et du monarque, n'étaient que des
prolongements des groupes de descendance.
I.2.2 Titres nobiliaires
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TITRES NOBILAIRES
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TRADUCTION LITTERALE
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ROLES OU FONCTIONS
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NOMINATIONS
ET SUCCESSIONS
|
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MFON
KOM
NAFOM
NJI NGBETGNI
POM MAFON
NJI FON FON
TITA NFON
TITA NGU
TUPANKA
KOM SHU MSHUT
MANSHUT
MFONTUE
SHUNSHUT
KPEN
|
Roi,
Sultan
Ministre (co-fondateur)
Mère
du roi ou reine mère
Nji
adjoint
Frère
ou sœur
Nji
des rois
Père
du roi
Père
du pays
Tête
de Panka
Compagnon
gardien du palais
Grand
du palais
Roi
soumis
Gardien
du palais
Esclave
|
Souverain
bamoun
Conseillers
intronisateurs
Equilibre
du pouvoir
Vice-roi
Utérin
du roi
Premier
Ministre
-
Chef
de la justice
Chef
de l’armée royale
Conseiller
du roi
Personnalité
du royaume
Chefs
Vassaux
Divers
services
Serviteur
|
Charge
héréditaire
Nommé,
puis héréditaire
Nommé
Héréditaire
Nommé
Nommé
Nommé
Nommé
Nommé
Héréditaire
Nommé
Héréditaire
Héréditaire
Héréditaire
|
·
Roi
(« Mfon »)
Le
roi tient son pouvoir de la force ou du prestige, son autorité résultera de la soumission de la population bamoun : il
détient avant tout des pouvoirs politiques, religieux et maintient la paix et l’ordre social plus par la contrainte et l’arbitrage que par son influence
spirituelle. Il a un pouvoir divin
et sacré dont l’usurpation est inévitablement punie de mort. Il légifère avec ou sans
concours de son conseil. Le roi dirige l’exercice de la justice et fait
exécuter les sanctions rendues par
les assesseurs coutumiers. Il est le chef du service judiciaire devant les tribunaux coutumiers. Il gère le
trésor public, formé de dons en nature que
tout citoyen se doit d’apporter au roi périodiquement. A son tour, le roi affecte ces dons aux
besoins des malheureux. Pour leur mise
en valeur, il distribue les terres aux membres de la tribu.
Dynasties
du royaume Bamoun
|
N°
|
NOMS
DES ROIS
|
REGNE
|
|
1er
|
NCHARE YEN
|
1394 - 1418
|
|
2ème
|
NGOUOPOU
|
1418 - 1461
|
|
3ème
|
MONJOU
|
1461 – 1498
|
|
4ème
|
MENGAP
|
1498 – 1519
|
|
5ème
|
NGOUH
I
|
1519 – 1544
|
|
6ème
|
FIFEN
|
1544 – 1568
|
|
7ème
|
NGOUH
II
|
1568 – 1590
|
|
8ème
|
NGAPNA
|
1590 – 1629
|
|
9ème
|
NGOULOURE
|
1629 – 1672
|
|
10ème
|
KOUOTOU
|
1672 –1757
|
|
11ème
|
MBOUOMBOUO
|
1757 – 1814
|
|
12ème
|
GBETKOM
|
1814 – 1817
|
|
13ème
|
MBIEKOUO
|
1817 – 1818
|
|
14ème
|
NGOUHOUO
|
1818 – 1863
|
|
15ème
|
NGOUNGOURE
|
1863 (30 minutes )
|
|
16ème
|
NSANGOU
|
1863 – 1889
|
|
17ème
|
NJOYA
|
1889 – 1933
|
|
18ème
|
NJIMOLUH
NJOYA
|
1933 – 1992
|
|
19ème
|
MBOMBO
NJOYA
|
1992
|
Une écriture pour le peuple Bamoun
En 1907, des missionnaires européens découvrent que
le jeune roi Njoya, roi des
Bamoun,
a créé une écriture. Ils racontent que, ayant vu un coran, Njoya voulait non
seulement inventer une manière de consigner les paroles, mais aussi répandre
l’écriture pour qu’elle soit accessible à tous. L’écriture royale (ou écriture
Bamoun), qui comptait au départ plus de 500 signes, connaîtra plusieurs
évolutions jusqu'en 1918. La simplification et notamment la réduction du nombre
de signes à 80 caractères assura une meilleure diffusion de l’écriture et amena
l'augmentation des textes rédigés en écriture royale, qui était enseignée dans
les écoles. Njoya institua un bureau d’état civil pour enregistrer les
naissances et les mariages. Les jugements du tribunal royal étaient également
consignés par écrit. Le livre d’histoire, de lois et de traditions des Bamouns,
qui compte plus de 1.100 pages, est alors rédigé au moyen de l’écriture royale.
Sa réplique se trouve actuellement au Pitt-Rivers museum d’Oxford.
·
Notables
(« Kom »)
Généralement
au nombre de sept, Les Kom (Nkom au singulier), cosignataires sont les
conseillers intronisateurs de Roi, chargés de garder la loi fondamentale de
l’état et de veiller à son application. Leur fonction est héréditaire et ils
sont autonomes. Ils ont le privilège de se donner la mort s’ils sont condamnés
à la peine capitale par la justice pour haute trahison, par exemple.
I.3 Organisation culturelle du
royaume Bamoun
Le pays Bamoun est caractérisé par une
diversité culturelle qui englobe toutes
les couches de cette société.
I.3.1 Les rites et pratiques
Les recours religieux sont de deux ordres : ceux qui
sont ouverts à tous, la prière et les libations, et ceux qui sont réservés aux
détenteurs de l'autorité, les sacrifices. Ils forment néanmoins un ensemble, la
fonction et la signification des uns éclairant celles des autres.
I.3.1.1 Les prières et libations
Le njuom, terme par lequel les Bamoun
désignent, les prières, est non seulement ouvert à tous mais il se pratique à
tout moment et en tous lieux. C'est un recours universel susceptible d’être
utilisé en un nombre indéfini de circonstances.
Dans un univers où échec, querelle, disette,
maladie, mort renvoient à des transgressions morales, l'universalité du recours
au njuom s'explique. Les Bamoun interrogés à ce sujet sont souvent
embarrassés. Ils feraient appel aussi bien, aux ancêtres qu'à ces divinités
ubiquistes que les Bamoun désignent sous le nom de panyinyi. Cette
imprécision, notons-le, convient à une société où une large fraction de la
population vit loin des tombes de ses ancêtres, dont elle a été séparée par les
guerres. Personne, d'après les témoins, ne s'engageait par un njuom "s'i1
se savait coupable. Aujourd'hui encore, peu de gens sont susceptibles de défier
les vieilles croyances.
Les libations sont fréquentes : elles se font en
dehors des sacrifices, bien qu'elles les aient toujours accompagnés. Pratiquées
par tous, elles se font néanmoins en des lieux particuliers et sont
obligatoires en certaines circonstances. On utilise des boissons fermentées,
bières de sorgho, de mais ou vin de palmier raphia, considérées comme des
véhicules de force. Les liquides sont versés au foyer d'une famille, sur une
tombe, dans des trous à libations creusés dans les lieux de réunion des
sociétés secrètes ; on peut aussi faire des offrandes à la terre en versant
quelques gouttes sur le sol, là où l'on se trouve. Ces offrandes se font aussi
bien à l'occasion d'un repas, de la réunion des membres d'une société que lors
des grandes fêtes annuelles où elles accompagnent alors les sacrifices.
I.3.1.2 Les sacrifices
Le sacrifice diffère des pratiques précédentes en
raison de son caractère réservé et des précautions qui sont prises pour le lui
conserver. Il est exécuté par les chefs de lignage et le roi aux grandes fêtes
du calendrier agricole et religieux traditionnel. On sacrifiait en juillet,
après la récolte de maïs qui était suivie de la remise du tribut au palais.
Une fête générale, dite fête des nguon ; sont
des tambours à friction que leurs possesseurs amenent à cette occasion au
palais et qui, en principe, ne doivent être vus ni par les femmes, ni par les
enfants. Lors de cette manifestation, le roi doit écouter les doléances
recueillies dans la population et prendre des mesures destinées à éliminer les
abus et même les violences qui provoquent les maux dont souffre la population
(disettes, troubles, épidémies). Une immense agape a lieu et se termine par des
sacrifices exécutés dans les cimetières de tous les chefs de lignage, sur les
tombes de leurs ancêtres, dans celui du roi et dans le sanctuaire où l'on
conserve les crânes royaux.
Il est célébré en décembre, à la saison sèche, une
autre fête dite de nja. Elle donne lieu à une grande manifestation
chorégraphique, et offre à chacun l'occasion de faire étalage de ses plus beaux
atours. C’est, disent les Bamoun, la "fête de la beauté". On exécute
encore des sacrifices comme pour le nguon. En dehors de ces fêtes fixes,
on sacrifie encore, avant les départs en guerre, après les grandes chutes de
pluie marquées par l'apparition d'un arc-en-ciel, et à chaque fois que la
divination le prescrit.
I.3.1.3 Intronisation du Roi Bamoun
A la mort d’un roi, les instruments
du nguon sont placés en face du corps. Pour la cérémonie d’un roi nouvellement
intronisé, le roi et ses sept kom jouent aux tambours du ngoun.
Le roi nouvellement intronisé remet
un tambour de nguon aux chefs de lignage qui lui ont été loyaux. Ces chefs sont
appelés tita-nguon. Les tita-nguon peuvent confier leurs tambours à la garde
d’un parent ou d’un serviteur. La personne qui assure la garde du tambour est
appelée mfon-nguon. Au même moment où le tambour de nguon est remis à un
tita-nguon, il lui est aussi remis un sac en raphia décoré de plumes de
feuilles. Il contient une concoction de racines écrasées, d’écorces pilées, de
résines, de poudre de fer, et d’une sorte de poudre de couleur blanche. Le
tambour de nguon est soutenu par une sangle accrochée à l’épaule, étant donné
que la membrane doit être mouillée de temps à autre, un serviteur avec en main
une calebasse pleine d’eau, accompagne le joueur. La calebasse est
habituellement décorée avec des feuilles spéciales.
I.3.2 Les danses traditionnelles du
royaume Bamoun
Dans
la tradition Bamoun, la musique est d’inspiration populaire, donc anonyme. Il
n’y a pas de droit d’auteur, mais de patrimoine collectif légué et exécute avec
toujours le souci d’exactitude dans le texte, le son et le rythme.
Plus qu’une tradition, elle
est le ferment de pérennisation de la sagesse. Parfois musique de classe ou de
caste, elle est toujours musique de circonstance. Le Nguri par exemple est la
musique de la société des princes et traduit la noblesse de sang, lorsqu’ils
dansent, ils portent des tuniques en matériau batik tisse a la main
spécialement faites pour la famille royale. Les hommes portent des masques
décores avec des plumes. La danse de nguri est exécutée en temps de guerre,
lors des funérailles et à l’occasion des grandes fêtes. Les instruments qu’ils
utilisent incluent des sifflets en bois, un grand tam-tam et plusieurs types de
sonnettes. Le Mbansié, celle de serviteurs du roi. Les danseurs portent des
armes et sont habilles de tenues traditionnelles de guerre et de longues
tuniques. il y a plusieurs masques utilises lors de l’exécution de la danse
mbansie : des occasions : pendant la guerre, la mort d’un roi, a la mort de la
mère du roi, a la mort des oncles maternels du roi, ainsi qu’a l’occasion du
décès d’un nkom ou d’un momafon.
En
plus des musiques réservées, il existe une multitude de musique populaire, mais
toujours liées aux quartiers ou aux villages. Kurun est l’adresse du quartier
Nkunga, Kpalùm l’affaire le nfetin, Meshé la fierté de Makùtam. D’une façon
générale, le fond musical Bamoun est très riche. Il compte plus d’une centaine
de rythmes qui hélas se meurent faute d’exploitation.
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